LA VIGIE ou L'attente d'un Jour
Bande dessinée réalisée en Avril 2013, paru dans AUTISTE #3
La deuxième histoire, la plus longue, la plus politique aussi s'attache à raconter la vie d'une jeune femme, exploitée dans une librairie par une patronne qui lui fait cumuler des CDD. Elle accepte ce système qui l'emprisonne, mais à plus en plus de mal à y survivre. Un an passe (magnifique ellipse sur une page avec cet arbre qui subit les 4 saisons de manière instantanée), elle rencontre un jeune homme, une connaissance à elle qui a voulu s'opposer aux mesquinerie du capitalisme et des patrons, ce qui
lui a coûté un passage en prison. Elle apprend qu'il continue la lutte, et l'attend dans ses rangs. Elle n'est pas convaincue, mais le comportement toujours plus extrême de sa patronne va la pousser à bout, tout comme sa prégnante admiration pour le mouvement anarchiste et revendicateur de son ami qui prend d'assaut une chaîne de télévision lors d'émeutes urbaines (là encore deux très
Le livre démarre comme une banale histoire d'ado, une ville, la nuit, un concert, des amis, une fille à gros nichon, une autre fille....on sourit...pour la dernière et unique fois....ce qui suit sera de plus en plus sombre, torturé, maladif, une situation rémanente qui s'éclaircira petit à petit, avec une fin ouverte, la meilleure façon de finir une telle histoire.
J'ai récemment trouvé ce comics en VO dans un vide-grenier. Il s'agit du numéro un (août 1994) de Underwater, une bande-dessinée de Chester Brown, auteur underground canadien. Onze numéros sont parus, avant que l'auteur décide d'y mettre un terme et de s'attaquer au graphic novel de 250 pages "Louis Riel".
A la fois chrétien et anarchiste, Chester Brown se fait connaître à la fin des années 80 et le début des années 90 avec son "fanzine" Yummy Fur, qui regroupent plusieurs petites histoires, où il expérimente des situations, des personnages (Ed the Happy Clown inédit en France) et développe une méthode d'autobiographie ultra-sincère ( les histoires regroupées dans "Le petit homme" et "Le playboy", tous deux publiés chez Delcourt; raconter ses déboires masturbatoires de manière directe et aussi cru, et sans humour à la différence de Joe Matt, me fascine). Récemment, il a publié "23 prostitués" chez Cornélius, un véritable réquisitoire POUR la prostitution, ce qui le place dans la branche libertaire des anarchistes. Ce côté politique (que l'on retrouve dans Louis Riel) transparaît en filigrane dans le choix de ses sujets.
Underwater fait abstraction de toute explication, et place son sujet (la petite fille et sa jumelle) au premier plan: nous ne comprenons pas le charabia prononcé par leur parents (comme elles), les situations nous sont anecdotiques et sans leitmotiv ce qui nous plonge en plein mystère (traduit par des scènes de rêves, de transformation de la réalité, de superposition de vécu et d'imaginaire). Les parents, figure même du conditionnement de l'être humain pour les anarchistes (avec l'Etat et la Société) , sont ainsi écartés de l'histoire, alors qu'ils sont présents à chaque page, mais leur action, leur parole ne nous atteints pas, seul compte la perception de l'enfant, qui ne comprend rien à ce qui lui arrive, et ne fonctionne que par automatisme et instinct (les seuls paroles qu'elles prononcent sont "Aw" et "Eh"). Le minimalisme du style de l'auteur renforce le côté hermétique de l'histoire et son aspect "autiste": les personnages agissent comme des humains sans y ressembler pleinement, tous ont le crâne rasé, les hommes comme les femmes, les pupilles sont vides.... Underwater marque le début de Chester Brown dans le dessin minimaliste, ligne claire, contraste du noir et du blanc, personnages occupant une part minimale dans la case, qu'il développera plus en avant dans Louis Riel et 23 Prostitués, alors que ces précédents bouquins (comme le magnifique Je ne te jamais aimé) s'inscrivaient dans un pseudo-réalisme au moins au niveau des visages qui étaient plutôt détaillés.